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C’est un triste jour pour l’Internet français, et le militantisme sur Internet.

Aujourd’hui, RWWFr a annoncé que la maison mère de RWW, située aux Etats-Unis, leur a demandé de mettre fin aux activités du blog.

En espérant que tout l’excellent contenu restera accessible à tous, car il n’est pas sous license Creative Commons, je vous copie le billet de Fabrice Epelboin (FacebookTwitter), l’ex directeur de publication de ReadWriteWeb France.

 

Des explications contradictoires et sommaires, et une absence totale de communication : dans des emails adressés aux éditions Françaises et Espagnoles de ReadWriteWeb, la maison mère annonce en quelques lignes sa volonté de mettre fin à son expérience Européenne.

“Pas de modèle économique”. Une explication étonnante dans la mesure où elle suivait une proposition détaillée faite par l’édition Française de mettre le turbo sur les traductions et les contenus en embauchant une équipe en Tunisie, et de monétiser les contenus par de la publicité, en visant le cap du million de visiteurs uniques, indispensable pour commencer à financer ainsi un site d’information. Une explication d’autant plus surprenante que l’édition Espagnole, elle, monétise ses contenus, et que plusieurs annonceurs se sont récemment signalés à l’édition américaine avec des propositions généreuses destinées à devenir annonceurs auprès d’un public européen.

Même réponse négative faite à la demande d’une licence pour lancer ReadWriteWeb en langue arabe, justifiée d’une façon tout aussi maladroite : le blog techno se concentrerait en se moment sur sa marque, quitte à la suicider en France et en Afrique francophone où elle s’est établie comme une référence au fil des années.

La participation active de l’édition Française et de plusieurs de ses auteurs à la révolution Tunisienne n’est pas forcément étrangère a cette soudaine décision. Les informations sur le coté obscur de l’univers de la high tech recueillies à l’occasion sont, il faut le reconnaître, quelque peu incompatibles à une monétisation par de la publicité, tant bon nombre de grands annonceurs sont concernés, aussi bien Français qu’Américains.

Pas de garanties apportées pour autant à la préservation des contenus accumulés depuis trois ans sur l’édition francophone de ReadWriteWeb, au contraire. Le système fonctionne sur une technologie WordPress hébergé par nos soins, est totalement distinct de son grand frère américain, qui utilise MovableType. Malgré des demandes répétés ces trois dernières années, il ne m’a jamais été autorisé de passer les contenus de RWW France en Creative Commons, et juridiquement, ils leur appartiennent. Le DG américain, dans un mail parvenu cette nuit, nous affirme ne pas avoir la volonté de maintenir le blog. Le 22 avril, selon les termes du contrat de licence qui me lie à ReadWriteWeb US, ce blog sera mis hors ligne.

Pas de craintes pour autant à avoir sur une véritable censure, au pire, cela nous vaudra les honneurs d’un mirroring de masse qui placera les archives de l’édition Française aux cotés de celles de Wikileaks. Datalove.

L’édition Espagnole, qui ne fait pas, elle, dans le militantisme, a eu la possibilité d’opérer un rebranding qui lui permettra de continuer avec ses archives sous une autre marque, mais pour ce qui est de l’édition Française, le ton est plus sévère : le site, son nom de domaine, son compte Twitter ainsi que sa page Facebook doivent être remis à la maison mère dans le délais réglementaires prévus par le contrat de licence. Dans quelques semaines, ReadWriteWeb en Français ne sera plus.

Qu’il s’agisse d’une tentative de censure opérée par un gros annonceur de la version US, ou par une approche de mystérieux investisseurs souhaitant rentrer au capital de la maison mère sous certaines conditions, ou bien encore que nous ayons à faire en réalité à la décision business la plus stupide du moment dans le monde des média 2.0, les conséquences seront les mêmes.

Vous retrouverez les différents rédacteurs qui se sont illustrés depuis trois ans chez nous dans différents blogs – certains publient dors et déjà chez Techcrunch – et je tiens à l’occasion à les remercier de leurs efforts et de la confiance qu’ils m’ont accordé durant toutes ces années.

Quant à moi, je m’apprête à rejoindre d’autres aventures, de l’autre coté de la Méditerranée, où il ne sera plus désormais question de combattre mais de construire. A 40 ans, il est temps de passer à autre chose. A l’instar de MAM, remerciée brutalement elle aussi, j’écrirais probablement ‘un livre ou deux’, et j’irai publier chez mes petits camarades ce que vous auriez pu lire ici, une stratégie dite ‘du coucou’, inventée par Enikao. Ce n’est pas un mal, finalement, tant les sujets et les informations amassées ces derniers temps vont bien au delà du seul secteur high tech.

Les temps qui viennent en France sont terrifiants pour internet et les libertés numériques. Du point de vue des lois qui s’y appliquent, nous ne sommes plus, sur l’internet Français, dans une démocratie. Les dérives à venir qui vont s’y dérouler, en terme d’infowar notamment, rabbatrons le caquet de tous ceux qui se sont foutus de la gueule de la iRiposte de Benjamin Lancard.

Avec quelques gus dans un garage, nous avons réussi a sensibiliser pas mal de monde à ce problème, mais force est de reconnaître que nous avons, au mieux, mis des bâtons dans les roues d’un char d’assaut qui écrase toutes les velléités de liberté sur internet, et veut le civiliser comme il a colonisé hier ceux qu’il qualifiait de sauvages.

Un autre monde est possible, mais en France, ça va prendre du temps. Une fois de plus, le pays va prendre un retard considérable en matière de numérique, au point que sa place dans le monde de demain est désormais totalement compromise, mais ça, même sans comprendre quoi que ce soit à la neutralité du net ou aux enjeux sociétaux d’Hadopi et de Loppsi, vous avez du vous en apercevoir.

Fabrice Epelboin

Ce billet est sous license Creative Commons CC-by

 

 

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